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Le projet lecteur

Le projet lecteur au CP

Le projet lecteur : une vision de la lecture

Lorsque l’on observe chez un enfant des difficultés à apprendre à lire, cela peut venir des premières représentations qu’il s’est constitué d’un comportement de lecteur. Autrement dit, de ce qu’il pourra faire lorsqu’il saura faire ce qu’il ne sait pas encore faire.

Quand ces représentations du but de l’apprentissage sont adaptées, cela aide évidemment le jeune élève à entrer dans l’apprentissage correspondant et à gérer les problèmes qu’il va rencontrer. Ensuite, viendront les phases de maîtrise et d’automatisation.

Quand un enfant observe un adulte en train de lire, l’activité cognitive se réalisant entre la rétine et le cerveau est invisible pour lui. Savoir lire relève donc du magique, selon lui.

Ce que fait le lecteur reste opaque ; d’où certaines représentations de la lecture et de son apprentissage qui peuvent paraître surprenantes de la part des enfants :

–        Quand je saurai lire, je pourrai faire le son des lettres ;

–        Pour bien apprendre à lire, il faut être silencieux, (ou sage) ;

–        Pour savoir lire, il fait porter des lunettes ;

–        Je deviendrai lecteur quand je serai répondre aux questions de la maîtresse.

Il y a donc de nombreuses représentations erronées sur l’acte de lire. Soit elles sont fausses ou bien parfois parcellaires.

Le projet lecteur : un élément clé du parcours d’apprentissage en lecture

En fait, le projet lecteur renvoie à une vision claire de ce qu’est l’acte de lecture et sur les bénéfices personnels qu’on peut tirer de cet apprentissage.

Un enfant apprend à lire s’il est mobilisé.

Ces représentations jouent un rôle énergétique si elles sont proches de la réalité ou au contraire décourageante si elles en sont éloignées.

Plus encore, ces représentations initiales vont évoluer et peuvent servir de régulateur car l’enfant qui sait ce qu’on fait quand on lit peut mesurer ses progrès et apprécier s’il est encore loin du but visé.

Le projet lecteur est donc indissociable du comportement de lecteur.

Rapidement, il va être capable de distinguer les moyens comme apprendre les lettres des fins comme découvrir une histoire plaisir.

Le projet lecteur est donc ce cap vers lequel un enfant est capable de se diriger lui-même.

Le projet lecteur : un chemin est parsemé d’embûches

En revanche, l’enfant qui n’a pas les idées claires concernant l’acte de lecture est plus passif, il est davantage indépendant de la qualité de la progression suivie par l’adulte et peut confondre les moyens et les fins.

Pour tendre vers un apprentissage heureux de la lecture, il faut accepter qu’il faille trois années pour réussir à apprendre à lire et toute sa vie pour la perfectionner.

Le projet lecteur se peaufine donc progressivement.

Le projet lecteur trouve sa source dans les histoires lues

En fait, il faut des livres avant de lire. L’art de conter remonte à la nuit des temps. A vrai dire le procédé en est simple. Le scénario d’une histoire réussie comporte toujours un judicieux mélange de suspens, d’angoisse, de joie, d’espoirs dans lequel, bien souvent, l’auditeur, comme le conteur, se retrouve. Ce qui est vrai est pour le conteur est également vrai pour le lecteur.

Si apprendre à lire aux enfants demeure la préoccupation de tous les enseignants de l’école primaire et des parents, il ne faut pas en oublier ce qui en conditionne la réussite ni les objectifs visés. Développer le projet lecteur revient à confronter les enfants à des supports de lecture extrêmement variés pour qu’ils puissent concevoir les diverses fonctions de l’écrit. L’entrée principale se fait donc par l’oral.

Le projet lecteur et les fonctions de l’écrit

Il y a la fonction plaisir apporté souvent par l’album de jeunesse par exemple. La fonction d’agir portée par les recettes de cuisines. Enfin, la fonction d’apprendre dont les ouvrages documentaires et manuels remplissent ce rôle.

Bien sûr, la presse par l’intermédiaire des journaux apportent aussi du plaisir et nous apprennent également des choses. Loin de vouloir cloisonner les genres, le projet lecteur met en jeu la compétence de savoir repérer différents supports d’écrits comme la une d’un journal, le numéro d’un billet de train, la première de couverture d’un album, l’adresse d’une enveloppe postale ou bien encore le jour de la semaine sur un calendrier.

Le projet lecteur et l’entrée littéraire

La littérature n’est pas en reste. Et dès le cycle 2, avec des lecteurs débutants, une approche littéraire de textes complexes peut être proposée dans le cadre des lectures en réseau, souvent des œuvres d’un même auteur. L’initiation à la littérature au cours préparatoire c’est aborder avec des lecteurs débutants la difficile problématique de « allez-vous me comprendre ? » donnée par les premières pages d’un « vrai » livre.

Les œuvres se répondant, l’enfant va faire progressivement des liens entre les histoires et se forger son projet lecteur. En effet, comme à l’école maternelle, les textes littéraires (albums d’abord, nouvelles ou courts romans ensuite) doivent être au cœur des activités de l’école élémentaire. Le plus souvent, ils sont rencontrés par la médiation des lectures à haute voix de l’enseignant ou des parents.

Pourquoi albums d’abord ? L’album, livre d’images, fait entrer l’enfant dans le monde de la lecture par la recherche de sens, l’envie de connaître la suite et d’imaginer.
Livre de mots aussi, jouant de la complémentarité du texte et de l’image, respectant la spécificité de l’un et de l’autre, l’album aide à conjuguer les temps de recherche, de construction du sens, de l’évasion, du dialogue et, bien sûr, de la découverte du plaisir de lire.

Antidote de l’excès parfois d’utilitarisme, l’album est un texte écrit pour eux et non pour l’école. Toutefois, les manuels ont également toute leur place.

Le projet lecteur : métacompétence

Etre un bon lecteur, c’est déjà comprendre comment un livre fonctionne, son organisation ?

Quelques indices sont d’ailleurs intéressants comme le titre, la pagination, la table des matières, les sigles, les logos, la signature. Mais cela passe aussi par savoir remettre en ordre les livres dans la bibliothèque qui permet d’approcher concrètement la notion de classement dont celui de Dewey.

Les enfants qui n’arrivent pas à se construire un projet lecteur sont ceux qui ne comprennent pas le la nature même de l’activité de lecture. Il s’agit d’un obstacle qui apparaît en cycle 2 mais qui peut perdurer chez les enfants qui n’ont pas bien clarifié la nature de l’activité. Pour l’enfant, la nature de l’activité de lecture est opaque. Lire est une activité entièrement mentale et la compréhension par l’enfant de ce qu’il faut faire pour lire n’est pas donnée par l’observation de l’activité chez un lecteur et peut même donner lieu à des contre sens.

Quand l’enfant a des idées claires sur l’activité de lire, c’est un premier facteur de réussite.

Les représentations des enfants concernant le projet lecteur

A l’entrée au cours préparatoire >

Or, à la question « que pourras-tu faire quand tu sauras lire ? »

– 40% ont des représentations claires, ce qui conduit dans la quasi-totalité des cas à une grande facilité d’apprentissage de la lecture.

– 20% n’ont pas de représentation de ce qu’ils pourront faire quand ils sauront lire, pour la plupart, ils rencontreront des difficultés.

– 40% ont des représentations circulaires (passer au CE1, répondre aux questions, faire le même travail que les grands de la classe et de la famille).

De même, quand l’enfant sait indiquer comment faire pour lire, dans presque tous les cas, il va être rapidement lecteur.

La qualité des représentations initiales est liée à l’expérience de lectures partagées, à une relation active avec l’écrit, aux échanges adultes-enfants sur les objets écrits et leurs usages.

À la fin du CP, les résultats sont les suivants >

– 25% des enfants sont « déjà lecteurs » : ils ont conscience de l’opposition fiction/réalité, ils sont capables de lire jusqu’au bout des petits albums de 20/25 pages ; ils ont d’ailleurs envie de connaître la fin. Ils ont des goûts éclectiques. Ils vont à la bibliothèque municipale et savent ce qu’ils cherchent. – 50% des enfants sont dit « stagneurs » : ils ne vont pas jusqu’au bout des livres ; ils ne perçoivent d’ailleurs pas l’utilité de finir un livre. Ils sont très sensibles à l’opinion que peuvent émettre des camarades sur un livre et ne savent pas encore ce qu’ils aiment : quand ils vont dans une bibliothèque ils ne savent pas où chercher et font souvent beaucoup de kilomètres, touchent beaucoup de livres mais ne prennent rien (Il est intéressant d’observer les enfants circuler dans une bibliothèque !). Ils sont incapables de résumer oralement un livre lu. Ils ont une vue quantitative de la lecture (ils en ont lus plein !) ; c’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne vont pas au bout. Ils ont une vision très scolaire de la lecture ; c’est d’ailleurs à l’école qu’ils empruntent leurs livres.

– 25% des enfants sont des « démarreurs » : ils démarrent dans le code plus tard que les autres (janv. /fév.). A partir de ce moment là, ils vont aller vers des revues type « J’aime lire »  que l’on trouve en classe, pour vérifier leurs acquis. Ils pourront devenir plus tard des « déjà lecteurs » ; l’un n’empêche pas l’autre. C’est souvent dans la classe ou à la maison qu’ils empruntent leurs livres. S’il n’y en a pas, ils ne liront pas.

Les plus inquiétants sont les «stagneurs » évidemment. Ces enfants-là n’ont en fait pas de projet de lecteur. Et plus on les forcera, plus ce sera dramatique.

Mais un lecteur en difficulté n’est pas forcément un lecteur qui n’aura pas de projet, qui ne prendra  pas plaisir à lire. De même certains enfants décodent très bien mais ne comprennent pas.

Le décodage et la compréhension ne sont pas liés mais bien parallèles.

Questions possibles à poser à un enfant pour évaluer son projet lecteur

Pour mieux cerner leur difficulté dans le projet lecteur, on pourra poser les questions suivantes aux élèves:

1) Leurs représentations de la lecture :

  • Que pourras-tu faire quand tu sauras lire ? À quoi ça va te servir ?
  • Où est-ce que tu peux lire des livres ? (si l’enfant en parle)

2) Leurs représentations de l’apprentissage de la lecture :

  • Est-ce que tu as envie d’apprendre à lire ?
  • Donner un livre et poser la question: « Je sais que tu ne sais pas encore lire mais comment ferais-tu pour lire ce livre ? (par où tu commences ? Est-ce que tu te dis quelque chose dans ta tête ? …)

3) Fréquentation des livres et lieux de diffusion :

  • À l’école, à la maison, à la bibliothèque, est-ce que ta maîtresse/tes parents/autres t’ont déjà lu des livres ? Lesquels si tu te rappelles ? (ça parlait de quoi ?)

On pourra également proposer deux autres questions à l’enfant :

  • Que pourras-tu faire quand tu sauras lire ?
  • Est-ce que tu as envie d’apprendre à lire ?

On pourra, enfin, envisager de proposer d’autres questions à ceux qui n’ont pas d’idées claires sur l’activité de lire.